La viande ou la vie (2/3) : Le choix de la santé

Tandis que notre premier article de cette série se penchait sur les drames environnementaux liés à l’industrie de l’élevage, nous vous proposons d’aborder ici un deuxième aspect de la consommation de produits animaux : la santé.
En effet ce qui peut parfois ressembler à des évidences mérite d’être questionné : La viande et le poisson que nous consommons sont-ils si bons pour notre santé ? Qu’en est-il de nos « amis » les produits laitiers ? Et à l’inverse, peut-on se nourrir uniquement de produits végétaux sans devenir un légume ?
Tâchons de faire le tri des idées reçues pour y voir plus clair sur ce sujet controversé.

Note : Chacun des sujets abordés ci-après mériterait d’être développé dans un article entier tellement ces questions sont importantes, mais nous faisons ici le choix de rester le plus concis possible dans le but de vous sensibiliser aux points essentiels.

Les produits laitiers : amis pour la vie ?

« Bois ton verre de lait, c’est bon pour tes os« . Qui n’a jamais entendu ces mots étant enfant ? Mais derrière les phrases toutes faites et les slogans martelés à grand coups de renforts publicitaires se cache une toute autre réalité. La communauté scientifique est effectivement plus que partagée sur les effets que le lait pourrait avoir sur la santé. Certaines études (dont celle-ci) montrent qu’une consommation accrue de lait est associée à une augmentation des risques de fractures osseuses, tandis que d’autres montrent un lien entre les produits laitiers et les risques de cancers de l’appareil digestif, de maladies coronariennes, de diabète et bien d’autres maladies dites « modernes ».
Rappelons que le lait de vache est conçu pour permettre à un veau de passer en 6 mois d’environ 45Kg à la naissance à un poids de 200Kg. Pas étonnant que les effets sur le corps humain ne soient pas négligeables, surtout pour un adulte sevré…
Les protéines du lait auraient en outre tendance à acidifier notre organisme. Pour conserver son équilibre et rétablir un pH favorable celui-ci se voit contraint d’extraire du calcium des os. Ce mécanisme d’auto-préservation tend donc à fragiliser les os plutôt qu’à les renforcer. D’autant que le rôle de l’absorption de calcium dans le développement osseux aurait été surestimé. Faire régulièrement de l’exercice et s’assurer d’avoir suffisamment de vitamine D et K serait jugé plus bénéfique pour la santé de nos os. Un sacré coup bas à l’argument phare du lait.
N’oublions pas non plus que l’intolérance au lactose touche en France 17% de la population du nord du pays et 65% de la moitié sud, selon le patrimoine génétique de chacun. Ces chiffres peuvent aller jusqu’à 80 à 100% de la population de certaines régions du monde, comme l’Asie du Sud-Est ou la moitié Sud de l’Afrique.
Les symptômes ? Ballonnements, diarrhées, douleurs ou crampes abdominales, constipation… mais comme pour toute intolérance (voir notre article sur la méthode NAET à ce sujet) il est souvent difficile d’identifier la substance fautive, ce qui fait que beaucoup d’entre nous vivent avec sans le savoir. 
« Alors, tu en reprendras bien un p’tit verre ?« 

« Le poisson, c’est bon pour le cerveau ! »

C’est sûrement vrai pour le poisson sauvage pêché en zones non polluées (malheureusement les mers et les océans sont en état de surpêche), mais certainement pas pour les poissons issus d’élevages. Prenons parmi eux l’exemple du saumon, 2e poisson le plus consommé par les Français après le thon (178 928 tonnes en 2012) et à 98% issu de l’élevage, qui alimente régulièrement les polémiques : les dioxines, PCB, antibiotiques et autres résidus cancérigènes présents dans ces poissons se retrouvent en effet directement dans nos assiettes.
Le Dr Anne-Lise Bjorke Monsen, membre du laboratoire indépendant de biochimie de Bergen (Norvège) confiait à ce sujet au journal norvégien Verdens Gang :
« Les polluants retrouvés dans le saumon d’élevage ont une mauvaise influence sur le développement du cerveau, et sont associé à l’autisme, à l’hyperactivité et à la baisse de QI.
On sait aussi qu’ils peuvent avoir un effet négatif sur les défenses immunitaires, le système hormonal et le métabolisme. Ils se transmettent aussi par allaitement. »
Et outre les polluants, l’aquaculture intensive entraine pour les poissons un nombre important de blessures, malformations, maladies et parasites. Heureusement, le conditionnement préalable des individus « non présentables » permet d’éviter le dégoût du consommateur…
De manière générale en France, 1/3 des produits de la mer consommés par les Français sont issus de l’élevage. Rappelons que depuis juin 2013 les farines animales de porc et de poulet sont à nouveau autorisées dans l’alimentation des poissons d’élevage en France. A quand le prochain scandale sanitaire ?

« De la viande pour être costaud ! »

Plaçons nous d’abord dans un monde idéal dans lequel la viande que nous aurions à disposition serait issue d’animaux élevés et abattus dans des conditions irréprochables. C’est à dire des bêtes nourries avec de l’herbe et non du grain majoritairement OGM, élevées sans recours aux traitements antibiotiques systématiques, gambadant dans des pâturages spacieux au grand air, puis acheminées dans des conditions de confort acceptables à l’abattoir, traitées avec soin et respect jusqu’à leur exécution, dépecées et transformées conformément aux règles d’hygiène pour enfin que leur viande puisse être conditionnée et transportée jusqu’au consommateur, et vendue sans aucun reproche déontologique ou sanitaire possible. Allez, ça demande un petit effort d’imagination mais essayons.
Même dans ce monde fictif, il ne faudrait pas occulter que la science (et même le gouvernement) recommande maintenant d’éviter la consommation de viandes transformées, de graisses animales cuites à haute température et de réduire la consommation de viande rouge, ceci afin de réduire les risques de cancer colo-rectal, d’obésité et de diabète de type 2.
La désormais célèbre étude intitulée « Le rapport Campbell » incrimine quand à elle la consommation de produits animaux dans son ensemble, en dévoilant leur rôle dans l’apparition de divers types de cancers, de maladies coronariennes, de l’obésité, l’ostéoporose, le diabète et bien d’autres encore.
Et si l’on revient dans notre monde bien réel, il faut ajouter à l’addition tous les facteurs de risque que nous avions éludés jusque-là :

  • Présence de résidus d’antibiotiques ou autres médicaments dans la viande
  • Résidus d’hormones de croissance (pour la viande produite hors Union Européenne)
  • Consommation d’animaux souvent en mauvaise santé (abcès, infections, anémies, …)
  • Résidus de métaux lourds, de dioxines et autres PCB
  • Résidus de pesticides et d’insecticide
  • L’alimentation principalement OGM des animaux dans les élevages intensifs, même en France
  • Les risques sanitaires dus au confinement des bêtes dans les élevages, à la l’abatage et à la transformation de la viande : bactéries E. Coli, salmonelle, …
  • Scandales de non respect des normes sanitaires lors de l’abattage ou la vente de la viande

… et la liste pourrait encore être longue. 
De nouveaux pathogènes toujours plus résistants aux antibiotiques apparaissent et se propagent dans le monde entier, favorisés notamment par les conditions de surpopulation des élevages intensifs : grippe aviaire, vache folle, SARM (Staphylocoque Doré Résistant à la Méticilline)… la liste fait peur. Et l’apparition de ces maladies d’origine animale et transmises à l’homme, ou zoonoses,  est vouée à s’accélérer, si l’on en croit le ministère de l’agriculture. Sauf que cette fois ce ne sont pas seulement les mangeurs de viande qui sont touchés.

La plus grande vigilance s’impose donc à qui voudrait consommer de la viande tout en préservant sa santé, les deux mesures primordiales étant d’en réduire sa consommation et de n’accepter que de la viande élevée, abattue et transformée dans les meilleures conditions possibles.
Autant dire que ce n’est pas une mince affaire…

verre_legumineuses-cereales

« T’es végétalien ? Mais comment tu fais pour les protéines ? »

Intéressons-nous maintenant aux alternatives possibles aux denrées animales : le végétal. Étonnamment, la première question que l’on vous pose autour d’un régime 100% végétal, c’est l’apport en protéines. En effet la croyance que seuls les produits animaux apportent des protéines a la vie dure, même si c’est totalement faux. S’ajoute à celà une autre croyance selon laquelle les protéines animales seraient de meilleure qualité ou plus « complètes » que les protéines végétales. Nombres d’articles sur le net vont dans ce sens, mais c’est une croyance dépassée depuis près d’un siècle comme l’explique le Dr McDougall : les besoins du corps en protéines sont largement couverts par n’importe quel régime végétal (hors cas de malnutrition évidemment).
Vous pouvez trouver plus de détails (en français) sur ce sujet dans cet article du blog Cherry Pepper.
Donc inutile de s’inquiéter pour les protéines, même si vous êtes sportif ! (la preuve par l’exemple : http://www.greatveganathletes.com/)

« Mais tu dois avoir des carences non ? »

 La question des carences est généralement la 2ème qui vient après celle des protéines. Ceux qui se sont déjà un peu renseignés pointent souvent la carence en vitamine B12, dont les possibilités d’assimilation des formes végétales (contenue dans certaines levures, algues et champignons) n’auraient jusque là pas été confirmées.
Afin de répondre de manière claire à la question des carences, nous citerons le document de l’Association américaine pour la diététique (ADA) et des Diététiciens canadiens (DC) qui précise sa position concernant les régimes végétariens et végétaliens (original disponible en anglais ici) :
« Ce document est un compte-rendu des données scientifiques actuelles concernant les nutriments importants pour les végétariens, incluant les protéines, le fer, le zinc, le calcium, la vitamine D, la vitamine B2 (riboflavine), la vitamine B12, la vitamine A, les acides gras de la série oméga-3, et l’iode. L’alimentation végétarienne, y compris végétalienne, peut couvrir les apports recommandés en tous ces nutriments. Dans certains cas, utiliser des aliments enrichis ou des suppléments peut aider à couvrir les besoins en certains nutriments. »
Comme pour tout le monde, mangeurs de viande compris, il s’agit donc d’avoir un régime varié afin d’éviter les carences. Les risques de carences ne sont simplement pas les mêmes selon le régime alimentaire que l’on suit.
Le cas de la vitamine B12 est un peu particulier : si on la trouve dans les produits animaux c’est parce que nos animaux d’élevages sont eux-mêmes complémentés avec cette vitamine, la qualité de leur alimentation n’étant plus suffisante pour qu’ils la produisent naturellement. Les végétaliens peuvent eux aussi obtenir la vitamine B12 à l’aide d’aliments enrichis ou de compléments alimentaires, évitant ainsi l’intermédiaire de l’animal.
Beaucoup de végétaliens, souvent plus informés et conscients des question de nutrition, choisissent par sécurité d’être suivis médicalement afin de détecter tout déséquilibre potentiel – une pratique rassurante qui pourrait être bénéfique à bien d’autres en termes de prévention santé. Les peurs liées au passage à un régime 100% végétal viennent essentiellement du fait que ce régime est minoritaire, tandis que le fait d’appartenir à une majorité donne l’impression aux omnivores qu’ils n’ont pas à se poser ces questions.

La responsabilité de chacun

Si nous avons développé dans cet article la question de la santé, qui est par nature individualiste, nous tenons en conclusion à souligner l’importance de la responsabilité de chacun face aux choix que nous faisons dans notre alimentation, comme dans notre consommation en général. Pour reprendre les mots de Christian Berdot, co-référent sur l’agriculture au sein des Amis de la Terre France :

Aujourd’hui, notre alimentation n’est plus une affaire privée. Nos choix alimentaires sont aussi des choix politiques qui ont des impacts sur la vie de nombreuses personnes dans le monde, ainsi que sur l’environnement, la biodiversité et les climats.

Alors prenons-nous en main. 
Évoluons.

 

Sources complémentaires :

Entretien avec le Dr Jérôme Bernard-Pellet sur les régimes végétariens : https://www.youtube.com/watch?v=NAposuXKY0I&list=WL&index=11

Site de l’association des professionnels de santé pour une alimentation responsable : http://www.alimentation-responsable.com/

L’atlas de la viande : http://www.amisdelaterre.org/IMG/pdf/latlasdelaviande.pdf

Photo de couverture : Aucun végétal n’a été gaspillé pour les besoins de ce shooting photo. Miam !

3 réflexions au sujet de « La viande ou la vie (2/3) : Le choix de la santé »

  1. Merci pour cet article intéressant et bien construit.
    Deux remarques au passage.
    1.Il faudrait également noter la présence de pesticides et d’autres substances pas très sympa dans les végétaux consommés.
    2.Beaucoup de gens ont des carences en vitamine d. En hiver si on exclut les graisses de poissons n’y a t il un risque supplémentaire ?

    1. Salut Fabien !
      Pour répondre à tes 2 points :
      1. Il est tout à fait vrai qu’on retrouve aussi certaines substances nocives sur les végétaux non biologiques, donc même si le bio n’est pas parfait c’est déjà une bonne piste d’amélioration. Ensuite le phénomène de bioaccumulation explique que les produits animaux soit plus à risque quand on compare sur une même substance : la concentration des éléments nocifs augmente au fur et à mesure qu’on remonte dans la chaîne alimentaire. Voici l’extrait d’un article qui développe un peu le sujet (source: http://www.encyclopedia.com/topic/vegetarianism.aspx):

      Vegetarians claim other reasons for adopting a meat-free diet. One major concern is the amount of pesticides and synthetic additives such as hormones that show up in meat products. Chemicals tend to accumulate in the tissue of animals that are higher in the food chain, a process called bioaccumulation. Vegetarians, by not eating meat, can avoid the exposure to these accumulated toxins, many of which are known to influence the development of cancer. One study showed that DDT, a cancer-causing pesticide, was present in significant levels in mother’s milk for 99% of American women, but only 8% of vegetarian women had significant levels of the pesticide. Women who eat meat had 35 times higher levels of particular pesticides than vegetarian women. The synthetic hormones and antibiotics added to American cattle has led some European countries to ban American beef altogether. The widespread use of antibiotics in livestock has made many infectious agents more resistant to them, making some diseases harder to treat.

      2. Concernant la vitamine D les carences sont en effet fréquentes dans la population en général (au moins 50% d’après certaines études !), et pour les végétaliens le risque est certainement accru en cas de manque d’exposition au soleil. Certains végétaux comme les champignons ou la levure de bière par exemple sont une source de vitamine D2, et pour ceux qui craignent une carence il est tout à fait possible de se supplémenter en vitamine D3 (jugée plus efficace semble-t-il) d’origine 100% végétale. On peut donc se passer de poisson gras sans problème, évitant ainsi de ramasser au passage tous les métaux-lourds et autres joyeusetés qui se retrouvent dans la graisse des-dits poissons :)

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